L’assassinat de la langue bretonne
Au cours de ce libre entretien Louis Mélennec évoque le long cheminement vers l’idée de langue “nationale” et un certain traumatisme identitaire breton. Après le « bêtisier » : la répression et ses méthodes.
Mercredi 19 septembre 2007 • classé dans Mélennec, Louis, Louis Mélennec •



















Excellent entretien. Tout à fait juste. Toutes mes félicitations à cette radio qui n’hésite pas à s’ouvrir à des idées qu’on rejette partout ailleurs. Un ptit regret: M Mélennec a-t-il voulu ne pas poser trop de problèmes à la radio invitante en atténuant la vérité?
merci tout de même
Alain
Bravo pour une émission courageuse qui révèle des choses d’ordinaire passées sous silence. Une action courageuse de la part de Lumieres101.
Il manque peut-être une remarque dans cet enregistrement, simplement que la polyglotie est la norme pour des milliards d’être humains. Le dernier des indigents en Afrique ou en Asie, parlent quatre langues : celle de la mère, celle du père car ce que l’on appelait autrefois “dialectes” peuvent être très différents même à qqs kms de distance, une langue “administrative de référence” (Swahili, lingala, ciluba pour le Congo-Kinshasa; l’Hindi pour L’Union Indienne, l’Anglais pour l’Union Européenne, l’Espagnol de plus en plus aux US) et une langue “nationale” (Français ou anglais en Afrique) s’il a eu la chance d’aller à l’école.
Le monolinguisme est un cas très particulier, spécifique de l’idéologie de l’Etat-Nation. Et tous nos grand-parents parlaient encore un “patois”.
Une émission passionnante.
Émission intéressante mais qui occulte un fait important. Les études montrent que le niveau de richesse et de développement est directement corrélé à la réduction du nombre de langues. Ainsi, il y a une tendance évidente à la réduction du nombre de langues. L’occident, étant actuellement à la pointe du développement, se retrouve être l’aire culturelle où il y a le moins de langues. Dans ce contexte le reflux du breton n’est-il pas, outre la politique de l’état français, inéluctable ? D’ailleurs, le recul du breton date de bien avant la réunion du Duché à la France.
Cordialement,
F.
Quelles études?
Je suis assez étonné par les propos de M. Mélennec sur l’histoire de la Bretagne.
Pour son information le royaume breton initié au IXe siècle, non pas par Nominoë mais son fils a été détruit par les normands au Xe siècle. Après ce fut un simple Duché vassal du roi de France.
M. Mélennec affirme que la Bretagne a été la “3e puissance européenne” au XVe siècle mais il oublie bien vite la puissance Hasbourg, l’espagne, le portugal, l’union de Kalmar, etc.
Il affirme aussi que la France n’a été créée qu’au XVe siècle. C’est bien étonnant car le titre de roi de France (Francia occidentalis) apparait dans les textes avec Charles II le chauve qui pris ensuite le titre d’empereur d’occident.
Il faut aussi noter que dès Clovis le terme roi des francs est attribué pour un roi dominant un territoire regroupant une large part de l’ancienne gaule dont la Bretagne dont seule le nord et une partie de la Normandie connaissaient une immigration bretonne. Les Francs et leurs royaumes existaient bien avant les ephémères royaumes bretons.
voici déjà une étude sur la répartition des langues de l’institut linguistique du Texas:
http://www.tlfq.ulaval.ca/AXL/Langues/1div_continent.htm
Pour les études dont je parle, il faut se reporter notamment à des articles les citant dans le magazine l’Histoire. Malheureusement ces magazines me seront accessible seulement en fin d’année lorsque je retournerai pour les vacances de noël dans la maison familiale où j’archive nombre de document. Mais de mémoire c’est peut-être dans le numéro qui traite des indo-européens.
Quoiqu’il en soit il est une évidence que l’occident domine culturellement le monde de part la diffusion de l’anglais et dans une moindre mesure du français et de l’espagnol. L’unification par la langue d’une population induit de fait une multiplication des échanges commerciaux, le partage plus large du savoir, etc. La baisse du nombre de langue en Europe est aussi le paradoxe de l’instruction. Même M. Mélennec ne peut nier que le Breton porté actuellement par ses défenseurs est le produit d’une codification entrainant un appauvrissement du nombre des langues bretonnes. Ne parle t’on pas du breton KLT qui est parfois peu compréhensible par les bretonnants traditionnels?
Etant breton moi-même, je dirais qu’en réalité il n’y a que deux difficultés en breton : le vocabulaire, car il très différent du français… mais très proche du gallois…
Pour le reste le breton est un vrai bonheur ! Quand on sait conjuguer un verbe, on sait tous les conjuguer.
Juste 5 verbes irréguliers: être, avoir, faire, aller, savoir
Les adjectifs sont invariables et toujours après le nom
Les pluriels des noms sont nombreux mais d’une régularité fort sympathique
La structure de la phrase est d’une souplesse inconnue dans bien d’autres langues.
etc…..
Est-ce que je peux te demander de reproduire ce commentaire en breton alors? Je doute fort que tu y parviennes.
Tu as juste dû lire la quatrième de couverture de l’Assimil…
Le docteur Mélennec a une drole d’interprétation de l’histoire de France. Selon lui les bretons et les francs sont des ennemis millénaires. C’est une interprétation erronée car les tensions entre le Duché et son roi dates essentiellement d’une période d’un peu plus d’une centaine d’années faites de participation des ducs aux révoltes et complots des grands seigneurs du royaume. Ceci s’est achevé en 1488 avec la défaite de François II, Duc peu aimé des bretons, dénouement de la Guerre folle.
Le Dr Mélennec oublie bien vite que lors des incursions d’Euric au nord de la Loire, les armées franques de Childéric (père de Clovis) furent rejointes par des armées bretonnes débarquées en Gaule.
Il oublie aussi que Vannes était terre franque, de même que Nantes ou Rennes, et que les agresseurs furent les chefs bretons. Il oublie que les chevaliers bretons et nobles, combatirent pour leur suzerain, le roi de France et que les conflits entre le roi et le Duché furent le fait des plantagenêts puis surtout de François II.
En outre je rappellerai au Dr Mélennec que nul ne contestait le roi de France comme souverain et que seul François II tenta de se soustraire au pouvoir royal en expulsant l’administration royale etc. D’ailleurs est-ce que ce ne fut pas sur les conseils de Louis d’Orléans, futur roi de France ?
Quoiqu’il en soit, François II ne fut pas soutenu par la noblesse bretonne dans son opposition au roi.
LOUIS MELENNEC A FRANCOIS.
C’est ce que nous avons démontré, longuement, au début de l’émission: les êtres humains ont besoin d’un langage de référence, pour communiquer. Au jourd’hui, c’est l’anglais. Cette évolution est admise, spontanément, par tout le globe, d’une manière pacifique et démocratique.
Tout autre est le processus par lequel un pays envahit un autre, le détruit, aplatit les consciences, passe le fer à repasser sur le cerveau des habitants, les humilie et détruit leur culture. Il était acquis que le français progresserait spontanément en Bretagne, lentement, comme langue d’échange. Alors, pourquoi avoir martyrisé ses habitants pendant si longtemps, par des procédés monstrueux, qui déshonorent le pays envahisseur ?
Aujourd’hui, le breton est, avant tout le symbole d’une Identité difficilement retrouvée. C’est pour cette raison que tant de personnes s’investissent pour le reconstruire. Cela fera peut-être partie d’un autre entretien, qui traitera de l’identité des Peuples, et qui dépassera le cadre de la Bretagne. Ce qui s’est passé dans ce pays est une illustration de ce qui s’est produit, aussi, ailleurs. Voila pourquoi ce thème devait être traité. Il s’agit ici de débattre de la Dignité des êtres humains, du respect qui leur est dû, tout en faisant comprendre ce qu’a été le grand malheur vécu par les Bretons.
À HERVÉ.
Non, je n’exprime pas une opinion personnelle. La France a construit, comme les autres peuples, “SON” histoire, en accumulant des légendes, des inexactitudes, des approximations… Nous ferons sur ABP une étude poussée de ce phénomène, en citant quelques auteurs de très haut niveau, tels que Pierre Chaunu, Suzanne Citron (le Mythe national), Lavisse, Olivier-Martin, Renan, Colette Beaune, Paul Sabourin, Julian Burger, Philippe Nemo, Mollat du Jourdin, Jean Touchard, Ferdinand Lot, Grotius, etc.
Ce que vous avez lu sur la “Naissance de la Nation France” est tout simplement faux; de même pour la Nation bretonne. Ce sont des fantasmes, dont on connait aujourd’hui le mécanisme et la finalité, qui ont existé, d’ailleurs, partout dans le monde, car il ne pouvait en être autrement : les peuples ont besoin d’une “idéologie” pour pouvoir vivre ensemble, d’une “doctrine commune”, même fausse.
J’essaierai aussi de faire une table ronde, tout au moins une émission, pour démontrer comment et pourquoi on a toujours falsifié l’histoire, et comment, notamment, elle a toujours été réécrite par les plus forts, à leur avantage. Je ne mène pas un combat anti-français, je le répète, mais je veux tenter d’ouvrir les yeux de nos contemporains,là ou j’ai compétence, pas ailleurs. Mais soyez patient: je ne peux tout faire en même temps !!!!
D’ici-la, faites de votre côté l’effort strictement indispensable, de lire le meilleur ouvrage sur la matière, celui de Suzanne Citron, “Le mythe national, l’histoire de France en question”, Paris, 1989. Vous y apprendrez comment l’histoire de France a été “fabriquée”, en même temps que vous y apprendrez des notions intéressantes sur la destruction de la nation bretonne.
À l’intention de Hervé.
Lisez mon article COMPLET sur Nominoé (quelques mois de recherches; une mise à jour en 2007). Les Habsbourg, le portugal, l’Espagne … sont quasi INEXISTANTS en 1490, et ne comptent pas beaucoup dans l’échiquier international, ou la Bretagne fait plus que bonne figure. La Bretagne compte à peu près 1,5 million d’habitants, l’Angleterre 4,5 millions, le Portugal 0,8 million. La “découverte” de l’Amérique se situe en 1492. La colonisation en est à ses balbutiements. Les Arabes sont encore en Espagne. Tous les pays, à l’exception de qq uns sont divisés en un nombre très élevé de principautés (plus de 350 pour l’Empire, plus de 12 pour l’Italie, etc.) Donc, merci de ne faire mention que de choses SURES, fondées sur une connaissance très approfondie des faits sur lesquels on souhaite répondre. Moyennant quoi, si l’on m’apprend des choses que j’ignore, je remercierai sincèrement mes interlocuteurs.
Victor pourquoi donc êtes-vous si agressif?
Mieux que la méthode Assimil d’Atomicman, les cours de breton en ligne.
NON, madame Elsa, vous nous racontez là des fables officielles. IL FAUT LIRE LES TEXTES, TOUS LES TEXTES. Beaucoup sont en latin. Cela commence avec Grégoire de Tours (6ème siècle). Allez, au minimum, sur mon article sur Nominoe, et sur les 12 chroniques que j’ai publiées sur ABP. Vous verrez à quel point les deux peuples s’aiment d’amour tendre. Les Francs viennent avec d’immenses armées, au minimum 10 FOIS, durant le VIIIème siècle, et sont battus, à chaque fois. Lisez aussi la relation de Ermold le Noir sur la tentative d’invasion par Louis le Pieux, en 818 (il y a une traduction aux Belles lettres). La manière dont les Bretons sont traités par les francs (animaux, lubriques, adultères, n’ayant d’humains que la nom, incestueux, orgueilleux, etc..), traduisent une haine féroce, Cela va sûrement vous faire bondir de joie. Cela ne va pas cesser, jusqu’à l’annexion, avec, il est vrai, des périodes d’alliance et d’accalmie, mais jamais d’amitié. Et avez vous lu, des fois, les correspondances du Duc Jean IV au roi Charles V? Tout cela est pourtant publié !!!! Encore un petit effort. Les “Preuves” sont accessibles dans Dom Morice, qui existent en DVD, mais cela représente plusieurs milliers de pages.
Mon mémoire de prédoctorat est sur plusieurs sites internet= 30 années de réflexion; 15 années d’études des archives.
Mais ou donc avez vous lu ce que vous écrivez ????????
RÉPONSE A ALAIN.
Je pense que la radio est sensible à vos remerciements. Elle est composée de gens sincères, dont l’une des règles est de ne pas mentir, et de traiter les sujets dont les autres ont peur. J’espère, moi aussi, qu’il n’y aura pas de tabous sur les ondes de cette radio, faute de quoi, l’entreprise n’en vaudrait pas la peine. Les médias officiels mentent, sur presque tous les sujets (nous avons vu ce qui s’est passé pour le déficit de la sécurité sociale, les statistiques du chômage, le déficit du budget, l’importance de la criminalité… TOUT est à l’avenant).
Non, je n’ai pas tout dit sur la répression culturelle et linguistique en Bretagne, de 1789 à 1960. Cela a été pire que ce que j’ai révélé. En particulier, j’ai passé sous silence la manière dont les Bretons sont traités dans certains textes ; cela serait, actuellement trop choquant — et d’ailleurs humiliant pour eux. De plus, ce que j’ai dit n’est pas agréable à entendre pour tout le monde; j’ai donc usé de modération dans mon style (j’ai essayé, en tout cas), pour ne pas trop choquer pour nos amis, qui n’y sont pour rien. Malgré cela, je vois par les réactions que ces révélations frappent les consciences.
Meuh, non. Ça n’a absolument rien de courageux ni d’inconnu.
D’ailleurs, les anglomanes de Brussels doivent applaudir, cela culpablise et divise les Français.
Un peu moins de passéisme s.v.p., le vrai combat aujourd’hui est celui de notre langue actuelle (le français n’en déplaise au ténor bretonnant de Lumière101.com) contre la langue impériale angloricaine !
Michel m’écrit :
RÉPONSE A MICHEL. SUR L’HOSTILITE MILLENAIRE ENTRE LA BRETAGNE ET LA FRANCE.
Bien qu’ennemis dès qu’ils se sont affrontés (6ème siècle, peut être 5ème siècle), les Bretons et les Francs ne se sont pas aimés. Mais ils ne se sont pas fait la guerre pendant mille ans. Que les Francs aient été les ennemis des Bretons pendant MILLE ANS est une CERTITUDE historique. Pour autant, il y a eu des accalmies, Dieu merci !
Depuis le début du XIIIème siècle, les Ducs Bretons, en situation de faiblesse vis à vis de la France, ont du accepter une “alliance forcée”, comme cela s’est passé, de tous temps, entre les plus forts et les plus faibles: reportez vous à la “Guerre froide”, ou les petits pays de l’est se sont soumis, souvent malgré eux, à l’alliance forcée avec l’URSS, et ou les petits ou moyens pays de l’Ouest ont du en faire autant vis à vis des États Unis.
Dans la forme, cette alliance se concrétisait, au début de chaque règne (lorsqu’un nouveau Duc montait sur le trône de Bretagne, ou lorsque qu’un nouveau roi montait sur le trône de France) par une grande cérémonie : le Duc se rendait à la Cour du roi, en splendide équipage, et “prêtait Hommage” au roi de France.
La notion d’hommage (j’y reviendrai longuement dans une Conférence filmée) n’est toujours pas comprise des historiens Bretons (désolé pour eux, c’est une notion juridique complexe, et ils ne sont pas juristes). L’hommage n’est rien d’autre qu’un contrat synallagmatique, qui se traduit par le fait que les deux parties contractantes souscrivent l’une à l’égard de l’autre des engagements bilatéraux et quasi symétriques. Toutes les deux se promettent l’aide et l’assistance mutuelle (auxilium), ainsi que de se conseiller mutuellement (consilium).
Lorsque les Bretons ont apporté le concours de leurs troupes et de leurs “généraux”, cela a été en vertu de ce traité d’assistance mutuelle, et de leur plein gré. Ainsi, les bretons ont fourni à la France, au XIVème siècle, trois Connétables : Clisson, Du Guesclin, Arthur de Bretagne, qui ont commandé en chef les armées françaises. Tout comme il y a eu, pendant les dernières guerres, des généraux américains et anglais sous commandement français, etc.
Mais cela n’a pas été sans créer des difficultés. Les Bretons, même dans ces alliances nécessaires n’ont jamais “copiné” de gaieté de cœur avec les Français. Lorsque, pendant la guerre de cent ans, ils ont enfin accepté de se joindre aux Français pour combattre l’Angleterre, c’est parce qu’il était clair pour eux que, la France une fois conquise par les Anglais, ceux-ci envahiraient la Bretagne. Ce fut donc un choix stratégique pour les Bretons, DANS LEUR PROPRE INTÉRÊT.
Ni dans le domaine militaire ni dans AUCUN DOMAINE, avant l’invasion de 1488, il n’y a eu la moindre subordination de la Bretagne par rapport à la France, pays résolument et totalement étranger et ennemi. Ceci est une certitude. Si, lors de l’hommage, c’est le Duc qui se rendait à la Cour de France et non l’inverse, c’est parce que le roi de France était le plus puissant de la chrétienté, et donc qu’il avait une prééminence honorifique, légitime, sur les autres Princes. Mais pas davantage, en ce qui concerne les Bretons. Les Ducs, d’ailleurs, ne se déplaçaient en France qu’avec une extrême répugnance. (J’écris “répugnance” pour rester modéré).
Mais à partir des invasions de 1488 et de 1491, la parole a été ôtée aux Bretons, jusqu’à aujourd’hui (et l’invention d’Internet). De sorte qu’on a dit et écrit n’importe quoi.
L’histoire de la Bretagne, la vraie, a commencé à être réécrite (voyez, entre autres, les thèses de Kerhervé, Lepage, Tonnerre, Coativy…). Mais cinq siècles d’oppression idéologique ne peuvent pas s’effacer d’un coup de plumeau. C’est pourquoi ceux qui s’investissent dans cette réécriture — comme vous l’avez observé sur Internet —, sont attaqués par des “Corbeaux”, qui d’ailleurs ne connaissent rien ni à l’histoire, ni à la science politique, ni à l’histoire des peuples, et se dissimulent dans l’anonymat.
Sur les notions de féodalité, de vassalité, d’hommage, je recommande aux étudiants bretons de consulter les traités de Philippe de Beaumanoir (XIIIème siècle), Marc Bloch, Robert Boutruche, F.L. Ganshof. Il y en a tout de même pour quelque milliers de pages.
S’il souhaitent mon aide, ils peuvent venir me voir… si on les laisse faire !