Le pseudo-expérimentalisme
François Guillaumat et Georges Lane expliquent pourquoi le socialisme traite les gens comme des animaux ou comme des objets, incapables de penser : c’est qu’il s’inspire d’une conception de la connaissance qui implique d’étudier toute chose comme si elle en était vraiment incapable. C’est le pseudo-expérimentalisme, qui consiste à vouloir appliquer la méthode expérimentale là où, logiquement, on sait qu’elle ne peut pas s’appliquer.
→ “La source de l’orgueil scientiste”, chapitre 11 de The Counter-Revolution of Science , traduit par Hervé de Quengo.
→ Scientisme et sciences sociales (1952) traduction partielle par Raymond Barre de la Counter-Revolution of Science de Friedrich Hayek
→ L’Action humaine de Ludwig von Mises (3° édition 1966).
→ “Scientisme et socialisme” par François Guillaumat
→ “La logique de l’action et la science du Droit” par François Guillaumat
Mardi 13 novembre 2007 • classé dans Guillaumat, François, Georges Lane •



















Sur le même sujet :
Hans-Hermann Hoppe : “Le rationalisme autrichien à l’ère du déclin du positivisme”
http://heresie.org/Rationalis.pdf
Murray Rothbard : Préface à “Théorie et histoire” par Ludwig von Mises
http://herve.dequengo.free.fr/Mises/TH/THP.htm
Leonard Peikoff : La Dichotomie analytique-synthétique
http://lemennicier.bwm-mediasoft.com/article.php?ID=75&limba=fr
J’ai relevé une erreur cruciale qui discrédite notre aimable intervenant quant à la supposée supériorité du libre échange versus le protectionisme.
Notre amateur en arithmétique élémentaire ne dispose pas du niveau requis en CE1 quant àla maîtrise de 2+2=4.
Reprenons, avec aisance cette fois, cette bonne vieille arithmétique avec l’exemple trivial du non moins fameux bon et vieux point mort de l’entreprise.
Soit un cuistre du BCG qui recommande de couper 10% du CA, “laissons cela aux Chinois”, dit-elle…
Que se passe t’il, à l’équilibre et comptablement, pour reprendre les termes de notre apprenti ?
Une perte. Ah! ces satanés frais fixes.
Quelques remarques concernant votre”compréhension” de la science expérimentale.
Il ne suffit pas d’expliquer les phénomènes connus pour valider une hypothèse. Valider une hypothèse, c’est montrer qu’elle permet d’anticiper sur la réalité, c’est à dire prévoir un phénomène qui n’a pas encore été observé.
C’est la contre épreuve de Claude Bernard. (la preuve d’Aristote n’est qu’une explication du phénomène).
Poincaré disait, quand une hypothèse n’est pas vérifiée, que l’on va trouver de l’inconnu et du nouveau;
Marie Curie aimait confronter les enfants à des paradoxes physiques et leur demandait d’émettre des hypothèses pour les résoudre.
Je crois que votre malcompréhension de la science ex. vient du fait que vous imaginez la causalité comme une relation entre des objets discrets, ce n’est pas faux mais cette vision “linéaire” du réel est très pauvre par rapport à une causalité conçue en terme de champ.
Une précision quant à votre interprétation de la science expérimentale.
Vous nous dites, en substance, que la nature est soumise à la régularité des lois constantes et qu’aucune source de causalité nouvelle n’apparaît dans l’étude de la science ex.
Et que l’expérimentateur n’est pas déterminé par des lois naturelles…. à cause de la création continue d’informations. (là j’aimerais que vous fassiez le distinguo entre idée et information).
Tout d’abord, je dirai que ce ne sont pas les lois qui sont constantes mais le changement, et lui seul.
Les lois locales sont constantes, mais elles ne sont que des singularités au sein de processus de changements plus englobants.
Revenons à notre science ex;
avec Marie Curie qui aimait confronter les enfants à des paradoxes physiques et leur demandait d’émettre des hypothèses our les résoudre.
avec Poincaré qui, quand une hypothèse n’était pas vérifiée, aimait à dire qu’il y avait là quelque chose d’extraordinaire, d’inattendu, et que l’on allait trouver de l’inconnu et du nouveau.
et enfin avec Claude Bernard pour qui il ne suffisait pas d’expliquer les phénomènes connus pour valider une hypothèse; valider une hypothèse c’est montrer qu’elle peut anticiper sur le réel, c’est à dire prévoir un phénomène qui n’a pas encore été observé. (C’est ce qu’il appelait la contre épreuve)
La preuve d’Aristote n’étant qu’une explication des phénomènes.
Quid du déterminisme chez notre expérimentateur ? il a, bien sûr, son libre arbitre, inutile de revenir là dessus.
Mais penchons nous sur les étapes du processus de l’acte créer, et plus spécialement au coeur du paradoxe ontologique étudié. On ne peut décrire ce qui se passe dans le cerveau du savant au moment où l’on passe de l’ancienne physique validée à la nouvelle qu’il va valider et qui défie l’ancienne. On ne peut comprendre cette étape que si on la refait soi-même.
Pour ma part, cet exercice de création n’a rien à voir avec l’exercice du traitement des informations, qu’une machine peut faire mieux que nous et plus vite.
Tout d’abord, je dirai que ce ne sont pas les lois qui sont constantes mais le changement, et lui seul.
Les lois locales sont constantes, mais elles ne sont que des singularités au sein de processus de changements plus englobants.
Quelles sont ces clowneries et ces bavasseries?
Si une loi n’est pas constante alors ce ne n’en est pas une.
Notre amateur en arithmétique élémentaire ne dispose pas du niveau requis en CE1 quant àla maîtrise de 2+2=4
Je n’ai rien compris à ton paralogisme et ton coq-a-l’ane, le drôle. Quoi qu’il en soit tu veilleras à user d’un autre langage ici.
J’ai demandé aux intervenants de te répondre. Il va y avoir du spectacle.
“l’exemple trivial du non moins fameux bon et vieux point mort de l’entreprise.
Soit un cuistre du BCG qui recommande de couper 10% du CA, “laissons cela aux Chinois”, dit-elle…
Que se passe t’il, à l’équilibre et comptablement, pour reprendre les termes de notre apprenti ?
Une perte. Ah! ces satanés frais fixes”
Propos incompréhensible et incohérent - ou l’inverse, comme vous voulez - couronné par l’expression “ces satanés frais fixes” ! Il n’y a pas plus de frais fixes que de richesses naturelles.
La “fixette” que fait le comptable sur certains points qu’il ignore ou ne comprend pas ne saurait être objectivée et imputée aux dépenses en question, au point de les rendre “fixes”.
Il ne suffit pas d’expliquer les phénomènes connus pour valider une hypothèse. Valider une hypothèse, c’est montrer qu’elle permet d’anticiper sur la réalité, c’est à dire prévoir un phénomène qui n’a pas encore été observé.
C’est la contre épreuve de Claude Bernard. (la preuve d’Aristote n’est qu’une explication du phénomène).
Poincaré disait, quand une hypothèse n’est pas vérifiée, que l’on va trouver de l’inconnu et du nouveau;
Marie Curie aimait confronter les enfants à des paradoxes physiques et leur demandait d’émettre des hypothèses pour les résoudre.
Pitié pour Claude Bernard et Henri Poincaré : vous les citez respectueusement ou vous n’en parlez pas.
Là encore, ne projetez pas votre ignorance sur des savants qui ont réduit, chacun, leur ignorance spécifique sur la réalité, mais encore qui ont contribué à la réduction de celles de ceux qui lisent et comprennent ce qu’ils ont écrit.
Quant à Marie Curie qui est passée à côté de l’antinomie essentielle qu’est le communisme, elle ne mérite guère de respect.
Je crois que votre malcompréhension de la science ex. vient du fait que vous imaginez la causalité comme une relation entre des objets discrets, ce n’est pas faux mais cette vision “linéaire” du réel est très pauvre par rapport à une causalité conçue en terme de champ.
L’être humain n’est pas un objet, ce que vous écrivez est à côté de la plaque.
Pour le lecteur “lambda”, précisez que le créateur de la notion de “champ” est James Clerk Maxwell, il y a un siècle et demi.
{…]Et que l’expérimentateur n’est pas déterminé par des lois naturelles…. à cause de la création continue d’informations. (là j’aimerais que vous fassiez le distinguo entre idée et information).
Le seul distinguo à faire est entre réduction de l’ignorance spécifique à chacun et augmentation de ses connaissances ou de ses informations, les deux à l’initiative de son corps et de son esprit
Mais penchons nous sur les étapes du processus de l’acte créer, et plus spécialement au coeur du paradoxe ontologique étudié.
Quaesaco ?
On ne peut décrire ce qui se passe dans le cerveau du savant au moment où l’on passe de l’ancienne physique validée à la nouvelle qu’il va valider et qui défie l’ancienne. On ne peut comprendre cette étape que si on la refait soi-même.
Deux fois le mot “peut” en trois lignes, c’est beaucoup pour un raisonnement qui se voudrait scientifique. S’agit-il de pouvoir ou de capacité ?
(Re)lisez Henri Poincaré, je vous en prie, puisque vous l’avez évoqué. Il vous éclairera à coup sûr, je l’espère avec incertitude, sur le point que vous me laissez deviner et que vous me semblez ne pas cerner.
Pour ma part, cet exercice de création n’a rien à voir avec l’exercice du traitement des informations, qu’une machine peut faire mieux que nous et plus vite.
Et qui aurait dit cela ? Et qu’est-ce que “faire mieux” ?
Une chose est certaine, monsieur l’intevenant, vous m’avez fait perdre quelques minutes.
Suggérez-vous qu’il ne faut plus valider les commentaires des ineptes?
Je pense que c’est la bonne solution en effet
Bav.
Cher Victor.
Non, non ! Je me suis mal exprimé. Il faut continuer à valider les commentaires des ineptes.
Il faut les valider dans l’espoir qu’ils se corrigent et se rendront eux-mêmes valides ;] grâce à leur libre arbitre et ainsi aptes, à défaut de pouvoir ou de capacité d’emblée.
Il devrait y avoir un équivalent à l’expression “s’écouter parler” quand il s’agit d’écrire.
“se lire écrire” ?
Quand c’est ça que l’on cherche, on n’a pas besoin de dire des choses que les autres puissent comprendre.
La seule chose que j’ai comprise c’est qu’on serait censé pouvoir faire des “prédictions” ; il aurait pourtant dû être évident que c’est une autre manière de décrire l’”expérience cruciale”, formulation bien préférable dans la mesure où certaines de ces “prédictions” sont compatibles avec des explications théoriques concurrentes, alors que l’expérience cruciale, par définition, ne l’est pas.
En outre, le mot de “prédiction” se réfère implicitement à des événements à venir, alors qu’il suffit de rechercher des événements passés, mais pas encore connus, pour procéder à cette vérification expérimentale.
Et justement, c’est parce que les économistes qui ont vraiment essayé de définir cette “expérience cruciale” n’y sont pas arrivés, qu’ils ont finalement admis que la théorie économique ne pouvait pas être une science expérimentale:
et effet, lorsqu’ils avaient formulé une théorie cohérente ils n’arrivaient pas à imaginer une observation qui puisse la réfuter —de sorte que l’”expérience cruciale” était impossible, et lorsqu’elle n’était pas cohérente ils tombaient sur des contre-exemples évidents, ou sur des contradictions, en cherchant à imaginer ladite expérience — ce qui la rendait inutile.
C’est alors qu’ils ont pu prendre au sérieux les économistes autrichiens comme Mises et Hoppe, qui expliquent pourquoi elle ne peut pas l’être, mais peut néanmoins se prouver par
“la validité des concepts et la cohérence du raisonnement ” (ainsi que von Mises décrit la méthode philosophique).
En ce qui concerne le mot “champ” quoi qu’on puisse envisager par là dans l’étude de la société, il faut dégager celle-ci des fausses analogies empruntées à la physique parce que, si on les prend pour argent comptant, ces analogies engendrent des erreurs systématiques d’interprétation, et dont les victimes finissent par ne plus comprendre d’où elles viennent.
On doit donc décrire les choix personnels, qui seuls expliquent les phénomènes sociaux, comme ils se présentent à notre conscience, et donc toujours décrire la causalité sociale comme le font à juste titre les historiens : comme le produit d’une succession de pensées et d’actes distincts, même si on passe son temps à réagir aux mêmes types d’actes chez autrui, tels qu’on a pu les connaître avec incertitude.
En outre, le mot de “prédiction” se réfère implicitement à des Hunden: “En outre, le mot de “prédiction” se réfère implicitement à des événements à venir, alors qu’il suffit de rechercher des événements passés, mais pas encore connus, pour procéder à cette vérification expérimentale.”
Tu leur expliques que la contre épreuve est le point clé de la méthode expérimentale,
non, il ne le lise pas et s’enferre dans le bocal à poisson de la preuve selon Aristote.
Comment devrais-je m’y prendre pour seulement me faire entendre ?
Hamilton: Pour ma part, cet exercice de création n’a rien à voir avec l’exercice du traitement des informations, qu’une machine peut faire mieux que nous et plus vite.
Monsieur le Professeur:: Et qui aurait dit cela ? Et qu’est-ce que “faire mieux” ?
Faire mieux, dans notre cas, c’est fabriquer une machine qui fera les calculs plus vite, et sans erreur de calcul, que l’homme.
Exemple: Goldman Sachs utilise des X sachant concevoir et fabriquer des robots numériques capables d’engranger de milliards de dollars grâce à de bonnes prédictions.
Goldman Sachs n’utilise pas des diplômés d’écoles de commerce pour ce genre d’exercice.
A propos de champ, Monsieur le Professeur:
personne n’est capable de violer les lois de Maxwell,
enfin, pour l’instant.
Il se pourrait que l’équipe de recherche (un français et des Russes) sur les monopôles magnétiques puisse remettre en cause les lois de pseudo-champ de Maxwell.
En effet, div B=0 interdit l’existence du monopôle.
Je comprends très bien qu’un aristotélicien, ou un newtonien n’y entende rien à la notion de champ.
Vous êtes du côté de Toscanini, et moi de Furtwängler, si vous voyez ce que faire de la musique veut dire.
Ce n’est pas la somme algébrique des actions locales et le tout ne se résume pas à la somme des paries.
Traiter les liens de causalité en terme de champ, voilà ce qui permet à Furtwängler de jouer “entre les notes”.
Un peu de poésie, Herr Professor.
Monsieur le Professeur voulait savoir ce que signifiait “peut”, selon moi, pouvoir ou capacité disait-il…
En un peut vient du verbe pouvoir.
En deux, je contrepose pouvoir et capacité.
Capacité signifie absence de moi.
Le pouvoir de représentation est équivalent à des forces actives, et pas seulement des capacités.
Ou alors il faudrait dire capacités actives.
ça vous va, Herr Professor ?
Herr professor a dit: Il n’y a pas plus de frais fixes que de richesses naturelles.
J’en ai parlé à des collègues de la pétrochimie et ils ont bien rigolé.
J’ai fait aussi un peu de prospective, sur le coin de la table du bistro, et je suis arrivé à concevoir l’usine de l’an 2050 comme étant composée à 85% de frais fixes.
Herr Professor: “Pour le lecteur “lambda”, précisez que le créateur de la notion de “champ” est James Clerk Maxwell, il y a un siècle et demi.”
Non, Gauss, Weber, Ampère, et même notre Kepler ont l’antériorité quant aux liens de cause à effet en terme de champ. Rieman aussi avec le traitement des fonctions abéliennes.
Je vous suggère de commencer par du simple avec la mesure de la distribution du potentiel dans l’infrastructure économique, ou dans un système de production.
Cher Hamilton,
A l’égard de vos propos, je dois, à mon tour, avouer mon incompréhension… mais peut-être celle-là n’est-elle pas totale. Je suppose que lorsque vous mobilisiez Gaston Bachelard, vous aviez en tête cette célèbre conclusion de l’Etude sur l’évolution d’un problème de physique :
« Qu’une méthode expérimentale, construite en quelque sorte sur le canevas du phénomène, arrive à dépasser légèrement le phénomène, à anticiper un peu sur sa conclusion, c’est ce qu’on pourra, à la rigueur, accorder. Mais qu’on puisse attacher à un phénomène particulier des symboles qui, par leur vie propre, permettront de découvrir d’autres phénomènes inconnus entièrement différents du phénomène initial, c’est ce qu’on ne sait pas justifier. Ainsi le problème de la physique mathématique vient se perdre dans le problème traditionnel de la philosophie : comment la réalité peut-elle être analysée par la raison ? Et c’est peut-être sur le problème essentiel de la physique mathématique que le philosophe étudierait avec le plus de fruit l’accord de la pensée et des choses.
« Tant qu’on reste aux abords immédiats de la loi expérimentale, on peut espérer expliquer cet accord par des thèses empiriques : la pensée est servante. Qu’on accepte ensuite une épuration des notions, cela n’empêche pas encore que leur origine expérimentale reste plus ou moins visible et si l’on coordonne ces notions pour en faire un corps de doctrines, on peut sans doute déclarer qu’on a, peu à peu, résumé et généralisé l’expérience. Mais il semble bien que la méthode de la physique mathématique aille beaucoup plus avant. En suivant le développement d’un problème de physique, on assiste à une libération progressive de la pensée qui en vient toujours à substituer l’intuition à l’expérience visuelle, à se détacher des faits et à chercher une coordination uniquement théorique. Si la théorie n’était qu’une organisation économique, si elle n’avait de règles qu’en vue de la commodité ou même de la clarté, elle travaillerait sur les résultats expérimentaux à la simple manière d’une mnémotechnie, elle serait solidaire des valeurs psychologiques plutôt que des valeurs rationnelles. Apte à économiser, elle n’aurait aucune force à acquérir. L’examen historique auquel nous nous sommes livrés ne nous permet guère de nous limiter à ces thèses. La théorie mathématique nous a paru inventive dans son essence, au point que, dans l’esprit d’un Lamé, l’invention est une méthode. […] Ainsi à côté de l’invention réelle il y a une sorte d’invention logique qui a une force de conviction particulière. Il ne suffit pas d’avoir fait une heureuse trouvaille, il faut montrer qu’on devait nécessairement rencontrer cette chance, à l’endroit rationnel, à un moment strictement déterminé du mouvement dialectique ; il faut indiquer au lecteur comment il pourra revivre l’intuition créatrice, comment, en s’appuyant sur l’harmonie des idées, il découvrira l’harmonie des choses. C’est à cette condition que les procédés d’invention entreront dans la voie de l’objectivité. Le développement scientifique n’est pas un développement simplement historique, une force unique le parcourt et l’on peut dire que l’ordre des pensées fécondes est une manière d’ordre naturel.
« On est bien obligé de convenir que cette prévision qui part d’une mathématique réussit physiquement et qu’elle entre dans l’intimité du phénomène. Il ne s’agit pas d’une généralisation, mais au contraire, en devançant le fait, l’idée découvre le détail et fait surgir les spécifications. »
A travers ces quelques lignes, que nous dit Bachelard ? que l’empirisme naïf, celui qui fait de l’esprit humain une feuille blanche sur laquelle s’imprimerait les sensations, n’est aucunement valable quand on s’intéresse à l’histoire de la physique et des mathématiques, et surtout quand on sait que des constructions, des « inventions » mathématiques (et effectivement, les mathématiques sont créatrices) permettent la « prévision », ou mieux, la prédiction (mais on pourrait également mentionner la « rétrodiction », bien qu’elle soit davantage soupçonnable) d’un phénomène, alors même que toutes les données empiriques (mais en science, y a-t-il jamais un donné ? En cela réside toute la question.) ne la laisseraient, au premier abord, soupçonner. Là où il n’y a que du passif, il n’y a pas vraiment de pensée. Cette activité créatrice de l’esprit n’est-elle donc pas une confirmation des thèses de M. Lannes et, plus radicalement, de l’idéalisme ? Gaston Bachelard, cet auteur que vous invoquez dans votre contradiction, ne la desservirait-il pas, au contraire ?
Alors faut-il, pour autant, conclure qu’il n’y a de science que logique ? autrement dit que l’induction ne serait que le fruit d’un processus psychologique, et que le véritable savoir résiderait dans une sorte de réservoirs d’a priori au sein de l’esprit humain ? C’est ce que croyaient Kant et, d’après ce que je viens d’entendre, Mises et les néo-autrichiens (ce qui m’étonne, car j’avais entendu dire qu’ils s’inspiraient d’Aristote). Pour ma part, je ne le pense pas. D’abord, parce que ce réservoir d’a priori n’a jamais été prouvé par les neurosciences. On arguera alors qu’il serait matérialiste de le localiser dans le cerveau, car il serait une propriété de l’esprit immatériel. Mais pourquoi cela empêcherait-il cette propriété d’avoir des conséquences empiriques vérifiables par les sciences expérimentales ? Or, comme justement au nom de l’existence des a priori, on méprise l’expérience, nous nous trouvons pris dans un cercle infernal, et nous tombons dans le domaine du dogme.
C’est le moment précis de la discussion où l’interrogation de Gaston Bachelard, déroutante pour toutes les philosophies modernes basées sur l’empirisme ou sur le cogito, et à laquelle Bachelard, lui-même, ne sut guère répondre, prend toute sa force, à savoir cette concordance, cette collaboration même, des constructions de l’esprit et du recueil des données empiriques, au point de rendre capables les hommes d’agir efficacement sur la réalité. Donc, « comment expliquer l’accord de la pensée et des choses » ? Si mon esprit a une activité autonome, créatrice, et si, dans le même temps, c’est au chevet de l’expérience que je deviens plus rationnel (Bachelard a bien découvert qu’« à côté de » l’invention logique, il y a une invention réelle, qu’il faudrait entendre au sens de trouvaille d’un ordre réel, naturel), il faut nécessairement (sauf à soutenir que c’est l’esprit humain qui crée cet ordre de la nature, en opérant directement à l’intérieur d’elle – mais alors, on ne sait comment cela serait sans que nous en ayons conscience, et avant même l’apparition de l’Homme sur Terre !) en conclure que l’ordre naturel préexistait à l’homme, que le réel est informé par une pensée qui n’est pas humaine, qu’immanente à la réalité il y a cette « invention réelle », cette rationalité transmise par ce qu’en philosophie, on appelle l’Être (peut-être, est-ce cela qu’entendait Hamilton quand il employa le mot « ontologique ») et qu’on nomme, en langage courant, « Dieu ». Comment, sinon, expliquer le fait que l’intelligence qui caractérise cet ordre soit tellement supérieur à celle de l’esprit humain, au point, par exemple, que tous les scientifiques du monde et de l’histoire n’aient réussi à dévoiler complètement, et loin s’en faut, la structure du moindre petite atome ?
Aussi, la seconde partie de la citation est-elle, peut-être, plus capitale encore que la première. La seule explication possible à cet accord des choses et de la pensée est qu’un réel « ordre naturel », une réelle « harmonie des choses » préexiste à « l’harmonie des idées » humaines. La rationalité de l’esprit humain ne viendrait donc pas d’a priori intrinsèques à lui, mais de son contact avec la réalité qui, elle-même, est formée par un logos, par LE Logos, qui fait du monde une pensée subsistante. Voilà ce que pense la philosophie catholique orthodoxe. Voilà ce que le grand philosophe catholique, Maurice Blondel, a précisé, lui qui n’a pas hésité à parler en ce sens de « pensée cosmique » de Dieu (la « pensée pensante » étant l’activité raisonnante de l’esprit conçu comme un chasseur d’objets, sans bagages de type apriorique ; et la « pensée pensée » étant le produit terne de cette activité). Voilà pourquoi je dis que l’induction doit être première, et que c’est le réel, l’objet des sciences expérimentales, qui détermine ce qui est rationnel ou pas. « C’est à cette condition que les procédés d’invention entreront dans la voie de l’objectivité. »
Arrivé à cette conclusion, Bachelard aurait pu faire siennes les pleines conséquences qu’il fallait en tirer, mais il resta, toute sa vie, tiraillé entre sa formation positiviste et son goût, immodéré, pour la poésie (psychanalytique). Entre le recul positiviste et le « hors-piste » anti-rationaliste, subsistait ce sentier étroit du rationalisme intégral, réaliste car concret, qui, partant des résultats des sciences expérimentales, en tirait logiquement des enseignements métaphysiques. L’erreur de Hume, de Kant, de Popper et de beaucoup d’autres fut d’avoir cru que la matière n’avait point de forme, qu’il n’existait au travail dans le monde point de pensée autre qu’humaine, comme si l’homme réellement pouvait être démiurge. Bref, leur erreur fut d’avoir adopté une analyse trop superficielle de la science, oubliant que celle-ci « entre dans l’intimité du phénomène » jusqu’à confirmer les propos du Christ : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et J’œuvre Moi aussi » (Jean 5, 17), y compris dans le cœur des hommes, y compris dans les actions humaines (donc dans la « matière » qu’étudient les sciences humaines, notamment économiques). Véritablement, Dieu se fait connaître par ses œuvres : « En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il a d’indivisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous » (Rm 1, 17-22).
J’ajouterai enfin que les sciences ne se fondant que sur la logique ne doivent jamais oublier qu’il n’y a qu’une logique réelle, vivante, subsistante, et que toutes celles qu’elles élaborent ou utilisent, toutes ces logiques humaines sont artificielles. L’échec de la logistique à englober l’ensemble de la réalité, la pluralité des logiques « non standard » (car la logique est plurielle, au même titre que la mathématique, car toutes deux sont des créations humaines) qui se développèrent avant, parallèlement ou en réaction contre cette logique « standard » le prouvent … et rendent encore plus difficilement tenable la foi dans les a priori.
Telle est ma réponse, longue, j’en conviens, mais ce sujet si essentiel méritait-il moins ?
Bien à vous.
La Vie précède la matière et le big bang n’est une absrtaction sans correspondant sensible(un konstrukt).
L’univers est un être vivant (néguentropique), qui agit sur lui même (vrai sens de la Sainte Trinité).
Nos sens perçoivent une “réalité” euclidienne qui n’est qu’une déformation (légitime) de l’univers réel.
Les aristotéliciens sont dans le bocal euclidien et c’est avec Platon et Saint Paul que nous pouvons aborder le réel.
Il y a une harmonie préétablie et elle est hiérarchisée.
Pardonnez-moi ces petites tirades, mais c’est pour préciser ma pensée par du fondamental, malheureusement en vrac.
Je vous remercie pour votre très beau texte que je vais étudier avec sérieux et application.
Je suis heureux que mes éclaircissements aient pu vous intéresser. Veuillez trouvez ci-dessous quelques remarques concernant vos réflexions complémentaires :
« Nos sens perçoivent une « réalité » euclidienne qui n’est qu’une déformation (légitime) de l’univers réel. »
Vous avez raison, la géométrie d’Euclide n’est pas réelle. Elle est une construction (non des sens mais) de l’esprit. Cette « déformation », ou plutôt ce « rendu », est effectivement inévitable, car notre pensée ne peut pas être réelle comme le réel : la pensée humaine et le réel ne sont pas de même nature : la première est artefact, le second seul est substantiel.
« Les aristotéliciens sont dans le bocal euclidien »
Certes, et même tous les philosophes qui se sont intéressés aux mathématiques, jusqu’à ce que Hilbert et la tradition mathématique issue de Göttingen posent les bases des géométries non-euclidiennes et les développent. C’est seulement alors que l’on prit conscience que les mathématiques n’étaient pas réelles.
« et c’est avec Platon et saint Paul que nous pouvons aborder le réel. »
D’accord pour saint Paul, mais pour Platon, qui croyait que les mathématiques, les idées étaient plus réelles que le réel, je ne le pense pas pour les raisons citées plus haut.
« et le big bang est une abstraction sans correspondant sensible (un konstrukt). »
La théorie du « Big Bang » est une reconstruction intellectuelle de la réalité, comme toute abstraction. Pour autant, il ne faut pas en conclure que toute les abstractions ne sont qu’arbitraires, sinon comment expliquer que certaines devancent le phénomène, comme le rappelait si justement Gaston Bachelard ? Cela implique nécessairement ce qu’en philosophie de la connaissance on appelle le réalisme.
Nonobstant, je reste comme vous prudent lorsque l’on prétend, immédiatement, tirer une métaphysique de la théorie du « Big Bang ». Son statut scientifique est assez fragile, car pour qu’il y ait certitude en science positive, il faut pouvoir reproduire (en laboratoire, dans des conditions expérimentales très contrôlées) le phénomène. Si des expériences en laboratoire peuvent aller dans le sens de cette théorie, il n’y aura certitude que par la reproduction « grandeur nature » et pourtant en laboratoire du « Big Bang », ce qui, évidemment, est impossible. La « rétrodiction » est toujours plus soupçonnable que la prédiction, tant la réalité est complexe. Mais qu’est-ce qui est intéressant, en métaphysique, à propos du « Big Bang » ? C’est la découverte que dans l’univers, il y a commencement, introduction de nouveautés (« évolution créatrice » préciserait Bergson). Or, dans l’histoire de l’univers, il y a quantité d’autres commencements, tels que l’apparition de la vie ; point besoin de « Big Bang » pour trouver un ancrage expérimental au concept métaphysique de « création ».
« Il y a une harmonie préétablie et elle est hiérarchisée ».
Il y a bien une harmonie dans la nature avant que l’homme ne l’établisse, car elle est déjà établie dans la pensée de Dieu. Mais qu’entend-on par harmonie ? Leibniz la pensait mathématique. Après ce qui vient d’être dit et quand on observe que le réel n’est pas analytique mais synthétique, cela n’est plus soutenable. Les substances sont harmoniques, car le monde est pensée de Dieu qui est subsistante. Le Verbe de Dieu est créateur de substances, le pauvre verbe humain, notre logorrhée, ne l’est pas.
Cette harmonie est-elle hiérarchisée ? Oui, car il y a différents ordres dans la réalité : la réalité humaine et la réalité physique ne sont pas du même ordre ; l’inférieur n’est pas et n’explique, d’ailleurs, pas le supérieur. Tel est le talon d’Achille du matérialisme.
« La Vie précède la matière. »
Oui, la matière n’est pas à l’origine de la Vie, il faut bien distinguer l’une et l’autre, et c’est pourquoi la biologie n’est pas réductible à la chimie. Jamais les matérialistes n’ont pu expliquer comment la vie pouvait surgir de la matière, tout au plus peuvent-ils expliquer les conditions propices à son apparition. Aussi, dire que la Vie précède la matière et donc qu’il y a plusieurs ordres dans la réalité va à l’encontre de l’affirmation panthéiste suivante (qui fusionne, in fine, toutes ces distinctions dans un grand Tout Univers) :
« L’univers est un être vivant (néguentropique), qui agit sur lui-même (vrai sens de la Sainte Trinité). »
Je dois vous avouer que cette phrase est celle avec laquelle je suis le plus en désaccord. Pour vous, l’univers agissant sur lui-même serait-il la vraie Sainte Trinité ? Je m’en étonne, car la Sainte Trinité est Dieu, et le principe primordial du monothéisme est de dire que l’univers n’est justement pas l’Être, pas Dieu. Que l’univers, tel qu’il est, porte une trace du Dieu Trinitaire, je l’admets (toute création manifeste toujours quelque chose de son créateur), mais il ne faut pas prendre la trace de pas dans le sable pour l’être qui l’a imprimée. Cette idée, commune à toute la philosophie grecque, que l’Univers serait un « grand Animal », l’Âme du monde, est ce que postule le panthéisme, sous sa forme animiste ou matérialiste (Spinoza). Cela consisterait à attribuer à l’univers les caractéristiques que l’on attribue à l’Être, à Dieu, à commencer par le fait qu’il serait en soi et pour soi (et pourquoi pas doté d’une conscience et d’une volonté qui ne viendraient que de lui-même). Or, rien dans ce qu’étudie les sciences positives ne va dans ce sens, au contraire. Nous ne sommes pas les cellules du grand Tout appelé « Univers » ! En revanche, et cela n’a rien à voir car Jésus n’est pas l’univers, les chrétiens sont les cellules de l’organisme nommé « Eglise », et qui a pour cellule-mère Jésus-Christ.
Vous parlez de « néguentropie », je ne sais pas ce qu’est cet « animal », mais je sais ce qu’est l’entropie, qui a pour base scientifique le Second principe de la thermodynamique dit « Principe de Carnot-Clausius ». Il consiste à dire que tous les changements physiques spontanés se font dans un sens irréversible, évolution qui est la suivante : notre univers redevient poussière. Disons que si l’univers est un être vivant, il ne l’est plus pour longtemps ! Plus sérieusement, cela confirme, a fortiori, le monothéisme en ce qu’il clame que Dieu seul transcendant est l’Être, car avec l’aide des sciences positives nous pouvons, avec certitude, affirmer que l’univers, incapable de se donner l’être à lui-même, n’est pas l’Eternel.
Est-il vivant ? L’univers est un ensemble d’êtres dont certains sont vivants, mais pas tous. Si l’univers était un être vivant, il faudrait admettre qu’il pourrait réparer ses structures qui se désagrègent, il faudrait admettre aussi que partout en lui est la vie, y compris dans la matière que le physicien étudie, ce que ne confirment absolument pas les sciences expérimentales.
” Si l’univers était un être vivant, il faudrait admettre aussi que partout en lui est la vie, y compris dans la matière “.
Non, la matière n’est qu’un résidu du processus (vivant) de transformation.
Ach, l’univers vu comme homogène par les newtoniens…
“Mais qu’entend-on par harmonie ? Leibniz la pensait mathématique. Après ce qui vient d’être dit et quand on observe que le réel n’est pas analytique mais synthétique, cela n’est plus soutenable.”
Distinguons deux mathématiques: l’aristotélicienne avec Russel et Bourbaki, et l’autre qui est physique. Leibniz nous entretient de la deux.
Oui, il s’agit bien de la pensée synthétique à priori (exemple: le principe de moindre action).
Vos “tirades” s’apparentent trop à des slogans. Je regrette que vous ne définissiez pas vos termes et que vous ne construisiez pas de raisonnements. Sans cela, il ne peut y avoir dialogue ni philosophie.
Vous m’accusez de réduire l’univers à de l’homogène. Si par “homogénéité”, il faut entendre “unicité et quantité”, c’est bien tout le contraire. Je ne confonds pas plus l’univers mathématique et l’univers réel que je ne confonds la matière et la vie.
En revanche, cela ne semble pas être votre cas :
Vous faites de la matière un résidu de la vie : je ne vois pas quelle preuve expérimentale pourrait soutenir telle affirmation. Bien au contraire, les sciences (astrophysique, paléontologie, etc.) ont prouvé que, dans l’univers, la vie est apparue après la matière (si, pour vous, la matière c’est de la vie, je ne vois pas comment vous parviendrez à soutenir raisonnablement cela devant un physicien : les électrons ne vivent pas !). Et si vous parlez de la Vie de Dieu, dire que la matière en est un résidu est non seulement anti-chrétien (si Dieu crée, ce n’est pas par nécessité mais par amour) mais, plus généralement, anti-monothéiste : ce serait croire que l’utilisation du mot “être” pour parler de Dieu et de la matière serait autre chose qu’une analogie d’attribution. Eh bien non, il n’existe pas de proportion entre le Créateur et sa création.
En outre, c’est vous qui confondez l’univers mathématique (homogène) et l’univers réel (hétérogène), et je comprends mieux votre référence à Platon, en croyant que lorsque je parle de synthèse je pense aux synthèses mathématiques. Encore non ! Et il ne faut pas y voir une affiliation à Kant. Les synthèses mathématiques ne sont pas de véritables synthèses, pas plus que les analyses des sciences expérimentales ne sont de véritables analyses. Le réel est un tout, mais comme nous, humains, nous sommes incapables de penser la totalité du réel (seul Dieu le peut), il faut bien le décomposer, le prendre par un bout. L’analyse est la condition d’existence de la réflexion, mais il ne faut pas prendre ses productions pour le réel. L’addition mathématique est un amas, mon corps est une composition (le tout ne se réduit pas à l’accumulation de ses parties).
Vous le voyez, la philosophie est une discipline rigoureuse et technique ; la rêvasserie, seule, permet que l’on se paye de mots. Cela paraît sévère, mais le service de la Vérite est à ce prix.
“les électrons ne vivent pas !”
Winston Bostik, physicien des plasmas, comprend l’electron en terme d’un échafaudage de filaments dont les ondes sont des fonctions ondulatoires quantiques (sans masse et sans quantité de mouvement newtonien). Il utilise le concet de “chaiyah onta” (du mot hébreux “chaiyah”= vivant).
Processus l’chaim=processus vivre.
“Bref, leur erreur fut d’avoir adopté une analyse trop superficielle de la science, oubliant que celle-ci « entre dans l’intimité du phénomène » jusqu’à confirmer les propos du Christ : « Mon Père est à l’œuvre jusqu’à présent et J’œuvre Moi aussi » (Jean 5, 17), y compris dans le cœur des hommes, y compris dans les actions humaines (donc dans la « matière » qu’étudient les sciences humaines, notamment économiques). Véritablement, Dieu se fait connaître par ses œuvres : « En effet, la colère de Dieu se révèle du haut du ciel contre toute impiété et toute injustice des hommes qui tiennent la vérité captive dans l’injustice ; car ce qu’on peut connaître de Dieu est pour eux manifeste : Dieu en effet le leur a manifesté. Ce qu’il a d’indivisible depuis la création du monde se laisse voir à l’intelligence à travers ses œuvres, son éternelle puissance et sa divinité, en sorte qu’ils sont inexcusables ; puisque, ayant connu Dieu, ils ne lui ont pas rendu comme à un Dieu gloire ou actions de grâces, mais ils ont perdu le sens dans leurs raisonnements et leur cœur inintelligent s’est enténébré : dans leur prétention à la sagesse, ils sont devenus fous » (Rm 1, 17-22).”
Ce beau teste devrait vous mettre en accord avec moi, mais peut-être ne l’avez-vous pas assez assimilé ?
Ce texte aborde le comment communiquer les idées qui concerne l’Eternel, cet être qui se transforme en ce qu’il est devenant.
Vie = intelligence organisatrice à l’origine d’une substance psychique, substance qui est l’intégration du multiple dans une unité. Concrètement, cela signifie que l’être vivant est doté d’une activité propre dont il est le sujet, activité qui lui permet de développer et de régénérer, dans une certaine mesure, le contenu matériel de sa structure, et ce, pas n’importe comment, mais en ayant l’intelligence de distinguer et de choisir entre ce qu’il peut assimiler et ce qu’il doit rejeter. En outre, l’autre caractéristique du vivant est sa capacité de transmission de la vie pour constituer un autre vivant.
L’électron se développe-t-il, se régénère-t-il ? Non. Engendre-t-il d’autres électrons ? Non plus. Conclusion : l’électron est-il un vivant ? Aucunement.
Dire que l’univers est hétérogène, c’est reconnaître que tout ne se réduit pas à un mécanisme physique, mais c’est aussi admettre que tout n’est pas vivant. Il ne faut jamais prendre une métaphore, qui plus est d’un obscur physicien, pour argent comptant. Ce n’est pas parce que l’on emploie un mot que la réalité qu’il recouvre est. D’où l’intérêt encore de bien définir les termes pour ne pas se payer de mots… Quand je dis que tel végétal et tel animal sont robustes, il s’agit d’une analogie (équivoque) de proportion ; quand je dis que tel végétal et tel animal sont vivants, l’analogie est encore de proportion et, cette fois-ci, même univoque ; mais quand je dis qu’un tableau est vivant, là, l’analogie est d’attribution. En vous lisant, je ne pouvais m’empêcher de penser au titre de l’ouvrage de Jacques Bouveresse : « Prodiges et vertiges de l’analogie ».
Quant à vos fables « New Age » sur la vie intérieure de Dieu, sachez que de Dieu même, on peut seulement dire qu’Il est, et donc que si l’Eternel est, qu’Il ne devient pas. Assimiler devenir et éternité n’a aucun sens : comment l’Être pourrait-il se communiquer ce qui lui manque, ses « idées » qui lui manqueraient dès le départ ? Et si l’Eternel devait devenir quelque chose, cela ferait une éternité qu’Il le serait devenu. Soyons logiques ! L’histoire, l’évolution commence avec la Création. Première ligne de la Genèse : « Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre » et non, « au commencement Dieu se créa Lui-même », Dieu est bien hors de tout commencement, de toute histoire. Dieu est transcendant, ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas d’avoir une action immanente.